Je viens de terminer les deux derniers tomes et je suis au final assez partagé. C'est un livre que j'aurais adoré aimer davantage, mais qui me laisse au final sur une impression mitigée :- au niveau des points positifs, il y a bien sur la caractérisation des personnages, vraiment très réussie, prenant le contre-pied systématique des archétypes habituels (le barbare, le jeune noble, le sage magicien...) ; mais aussi le ton, cynique et brutal, à l'humour souvent très noir (le personnage de Glothka). On ne peut pas accuser Abercrombie de ne pas aller au bout de ses idées et il pousse ses partis pris jusqu'à leur conclusion dans un final nihiliste à souhait.- Et c’est là que le bât blesse : le livre est peut-être
trop cynique, et le jusqu’au boutisme du propos a fini par me lasser, le cynisme étant
trop systématique, et ce à tous les niveaux. Il est bien sur louable de vouloir trancher sur les poncifs habituels, de montrer la réalité froide et nue. Mais de là à ce que presque tous les personnages soient à ce point négatifs, il y a quand même un monde d’écart. Au bout du compte, et malgré toutes ses qualités, le roman finit par être paradoxalement prévisible : il suffit de prendre les clichés habituels et de les inverser
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(par exemple, il n’était pas trop difficile de deviner dès le départ que Bayaz est un véritable monstre, meurtrier, manipulateur sans scrupules. A chaque action menée par Bayaz je me disais qu’il suffisait de penser à ce que le Belgarion d’Eddings aurait fait et qu’il suffisait de prendre le contraire. La seule surprise c’est le temps qu’il faut aux autres personnages pour s’en rendre compte).
Rien ne permet au bout du compte de prendre du recul, de la hauteur, rien ne nous permet d’espérer puisque tout ce qu’accomplissent les personnages est indifférent ; plus exactement
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comme ils n’accomplissent rien
et qu’il est impossible de s’attacher véritablement aux personnages ou à leur devenir, la lecture m’a laissé au final insatisfait.J’ai de plus trouvé que, dans the Last arguments of kings, l’action s’enlisait petit à petit. En particulier, toute la partie avec Collem et Logen m’a ennuyé; je l'ai trouvée répétitive et monotone.Avec ce livre, Abercrombie va si loin en subvertissant le genre qu’il finit par le détruire de l’intérieur. Si je devais qualifier ce livre, je dirais qu’il s’agit de « fantasy-spaghetti ». Malgré ses immenses qualités, il lui manque donc à mon goût un petit quelque chose ; une once d’espoir peut être ?Je reste donc sur mon impression initiale (7/10), mais je reste quand même très curieux de voir la suite avec
Best Served Cold, qui se passe dans le même monde mais avec des « héros » différents.