Druss a écrit :Entre une course suicidaire épée en main et un saut désespéré, il y a un monde, je ne pense pas être de mauvaise fois ici. Bilbo ne devient réellement un héros courageux qu'à Mirkwood, lorsqu'il accepte qu'il est le seul à pouvoir sauver les nains.
C'était aussi un peu mon avis, à première vue, car ce qui révèle Bilbo à ses capacités, c'est sa victoire sur les araignées... grâce à l'anneau.... Et justement, c'est là que ça coince dans le lien entre Bilbo (le livre) et le SdA.Car dans le livre, les nains finissent par réaliser que Bilbo a un anneau d'invisibilité, et ils en parlent librement sans véritablement s'en émouvoir alors que cette information est pourtant très lourde de conséquences pour l'ensemble de la Terre du Milieu.Ne serait-ce que parce que le pouvoir d'invisibilité est VRAIMENT un super-pouvoir. Quand il s'accompagne de capacités silencieuses ou psychiques. Je le sais, d'expérience vécue (*) D'ailleurs je pense que Tolkien s'en est aperçu après avoir écrit Bilbo, et que c'est justement ça qui lui a fourni l'idée originale du Seigneur des Anneaux, vu que l'invisibilité est surpuissante, en particulier quand elle est au service de coups vicieux, c'est-à-dire du mal.Vu que P Jackson a tourné le Hobbit
après le SdA, il ne pourra pas certainement pas autoriser Bilbo à faire savoir aux nains ou à qui que ce soit (hormis Gollum évidemment) qu'il détient l'Anneau. De fait, cela contraint à toutes sortes de réécritures du scénario qu'on ne peut pas anticiper à la place de PJ, même si l'on sait que l'un dans l'autre les fondamentaux seront préservés (la mort du dragon, la bataille des cinq armées, etc.). Les chevilles de l'histoire seront positionnées différemment, ce qui explique sûrement nombre d'écarts déjà présents dans le premier volet.
(*) Je vous rassure, en matière d'invisibilité je n'ai rien à cacher ! Il se trouve qu'à l'époque où je pratiquais les jeux de rôle dans l'univers de Tolkien, j'avais passé davantage de temps à devoir me tirer un nouveau personnage à chaque fois, car il était très rare que le mien survive aux aventures, avec le peu de points de vie qu'on a au premier niveau : il pouvait suffire de rencontrer une chauve-souris et d'avoir la poisse aux dés pour se faire dégommer.Tout ça a duré jusqu'au jour où une chance d'enfer (!?) aux dés m'a valu de tirer un petit personnage de magicien qui avait accès aux psionics (un pouvoir psychique introduit par les règles avancées, et qui, dans les cas les plus favorables - et les dés en décidèrent ainsi, puisque j'avais tiré un 99/100 - détient à volonté le pouvoir de se rendre invisible à ceux qui l'entourent). Comme j'étais rendu très craintif par mes neuf morts précédentes (en hobbit, en houri, en demi-orque, en nain, en guerrier, en clerc demi-elfe... toute la revue y est passée, à peine nés, aussitôt tués), je me tenais très en retrait et très prudent. Ce faisant, mon Nemrod, nom du personnage, avait récupéré une arme intéressante (une fire-ball en boîte) qui le rendait bigrement dangereux, car il pouvait se pointer invisible dans une salle de gardes et y dégommer tout le monde sans une égratignure.Le maître de jeu avait trouvé que ce personnage était trop puissant et il l'a piégé en le tentant par un verre de Brandy qui a eu pour effet de le transformer en statue de glace jusqu'à la fin des temps. (Et dire que rien ne m'obligeait à le boire, ce fichu verre de brandy, gollum de gollum !)J'en ai voulu au maître de jeu, que je suspecte d'avoir triché, car il jetait toujours ses dés en cachette (l'invisibilité, toujours...), et il s'y prenait souvent plusieurs fois. D'ailleurs, je le trouvais bizarre, ce game-master, il avait une jouissance à activer ses créatures derrière son paravent. Et curieusement, je ne l'ai jamais revu... D'un autre côté, il faut bien admettre que j'avais moi-même triché un chouïa en me tirant ce personnage, devant d'ailleurs un autre maître de jeu, d'une indulgence complice sur ce coup-là pour ma transgression : comme j'en avais marre de mourir, mourir, mourir, cette fois-là, transgressant la probité qui figure au premier rang de mes valeurs, j'avais fini par me laisser aller à tirer DEUX fois les dés, tant le premier tirage avait laissé mon personnage minable. Je voulais juste un tirage meilleur et curieusement, c'est à ce second tirage que le 99 est sorti. C'en était à se demander à quoi jouent les arcanes du destin... Pouvais-je résister à la curiosité de poursuivre l'aventure en saisissant ce 99 au bond ? Non. En tout cas pas à cette époque-là, j'étais vraiment mort trop souvent. N'aurais-je pas dû éviter de me laisser piéger par le vice de la triche, n'est-elle pas entre les mains d'un Malin bien sacripan ? Ah ça, c'est une autre question. Car en toute hypothèse, et sans besoin de croire à des Arcanes, on s'aperçoit tôt ou tard que les portes de la triche se révèlent ouvertes sur de bien sombres ailleurs, y compris quand il ne s'agit que d'un jeu.Ah la la, toute une époque en tout cas. Que d'intéressants moments ce furent, avec nos dés et nos figurines... De nos jours, les jeunes, managés aux jeux vidéo prédigérés, peuvent-ils seulement imaginer la liberté que donnait la confection de modules de JdR et la rencontre des inspirations du moment avec le hasard des dés et le profil des personnages...?