Page 1 sur 1

📕 Les coulisses d'écritures des séries, sagas, et autres "pleintologies"

Posté : ven. 4 avr. 2025 10:23
par Iris d'Automne
Salutations !

J'espère trouver sur ce site et ce forum des réponses à des questions que je me pose, sans savoir où chercher ! 📚🔍✨
Après recherche, je n'ai pas trouvé de sujet analogues, mais s'il existait et que je l'avais manqué, n'hésitez pas à me renvoyer dans les archives !

Je m'intéresse aux coulisses du travail d'écriture et d'édition, et l'un de mes questionnements actuels porte sur la genèse et le parcours des séries (ou sagas, ou "pleintologies" d'après un néologisme que je trouve léger). En substance, les coulisses des publications d'ouvrages d'au moins 2 volumes, mais surtout des plus gros.

Comment sont écrites les "pleintologies" ? Leur seul volume induit un temps de travail considérable. Est-ce que les auteurs (a) rédigent tout et présentent à l'éditeur ? (b) ils écrivent le premier et improvisent la suite (arc narratif ouvert, façon série télévisée) en cas de succès et suite à demande de l'éditeur ? (c) présentent un projet à l'éditeur qui valide le plan et les dates de rendu (suggérant une relation de confiance préalable) ? (d) autre. Sachant qu'il pourrait exister aussi une combinaison de plusieurs méthodes et cas de figure.
Je crois avoir lu quelque part que GRR Martin avait présenté les bases essentielles de son intrigue (révélations finales) dès le début à son éditeur ; mais en développant l'histoire, il a été confronté à la complexification exponentielle de son intrigue du fait de toutes les actions des personnages de partout, et qu'il avait renoncé à procéder à des ellipses, ce qui avait du même coup ralenti le développement.

Comment les "pleintologies" sont-elles traitées par les éditeurs ? Il y a le risque de se retrouver avec une saga qui s'étire sur des années de publication, avec des cliffhangers en fin d'ouvrage et le public en attente. Je crois avoir lu que les éditeurs de bande dessinée n'hésitent pas à arrêter net des séries si le premier tome n'est pas assez vendu, mais ça suppose de ne pas avoir écrit toute la série (renvoi vers la première sous-question). Je ne compte plus les fois où j'ai lu que telle ou telle série télévisée était non-reconduite, sans toujours de motif évident. Le problème est-il transposable sur les romans ? Est-ce que la dominante est (a) je ne publie surtout pas de série par principe ? (b) Je ne publie de série que si j'ai tout le manuscrit ? (c) Je publie des séries en commandant 1 à la fois, en arc narratif ouvert, et on poursuit quoi qu'il arrive du moment qu'il y a du succès dans les ventes ? (d) autre.

Est-ce qu'on trouve (en proportion des publications) plus de "pleintologies" en langue anglaise que française ? Je me demande ici, si l'organisation éditoriale est différente selon les pays, et s'il y a des habitudes ou tendances différentes qu'on peut discerner par ce biais.

Quels sont les rythmes de publication des "pleintologies" ? J'ai découvert à la bibliothèque la série des "Blackwater" de Michael McDowell (https://www.monsieurtoussaintlouverture ... -mcdowell/ ). Je n'ai pas vraiment accroché à l'histoire, mais le format de publication m'a intriguée. En substance, tout était prêt en une fois, et mis en vente sur un rythme comparable à un feuilleton. Mais à l'opposé, sur Trône de fer, je connais beaucoup de lecteurs qui n'espèrent plus que la fin sortira un jour. Quel est le curseur ? Y a-t-il une moyenne, une tendance ?

Quel est votre vécu à propos des "pleintologies" ? Vous aimez, vous détestez, ça dépend qui, quoi, comment ? Cette dernière question est moins dans les coulisses éditoriales, mais le vécu des lecteurs m'intéresse aussi. Je suis (depuis peu, soyons honnête) des blogs de lecteurs et


Merci par avance pour vos réponses !

🍵📚✨


PS : j'ai des raisons de me poser ces questions, mais ce n'est pas forcément intéressant, et ça n'aide pas à y répondre ^^

Re: 📕 Les coulisses d'écritures des séries, sagas, et autres "pleintologies"

Posté : ven. 4 avr. 2025 11:52
par Erkekjetter
L'écriture
Sans grande surprise, c'est variable. Je pense que les cas où tout est rédigé avant la publication du 1er volume sont au mieux rarissimes. En revanche, je doute qu'un éditeur accepte de publier un premier tome sans que la suite soit au minimum pitchée (pour une série "monolithique", qui raconte une seule histoire découpée en plusieurs parties).
Prévoir les dates à l'avance est un exercice pour le moins périlleux, et les délais ne sont jamais tenus (en gros).
Donc, la majeure partie des cas, c'est un premier tome écrit + un plan détaillé pour la suite et le nombre de tomes prévu (pour une histoire qui s'étale sur plusieurs tomes). Sachant que ça induit une part d'aléatoire, évidemment, puisque l'auteur peut difficilement prévoir exactement comment va se passer l'écriture des tomes suivants. Par exemple, du côté des auteurs français, il a fallu attendre 8 ans pour avoir la suite de "La Voie de la colère", d'Antoine Rouaud. Lionel Davoust documente de son côté le parcours un poil plus long que prévu pour l'écriture des Dieux sauvages.
C'est sans doute différent pour les séries dont chaque tome propose une histoire indépendante, comme Garrett détective privé, de Glen Cook, qui se rapprochent plus du roman one-shot.

Le traitement par les éditeurs
Le moteur principal, pour faire court, c'est le pognon. On a plein d'exemples de séries qui ont été arrêtées parce qu'elles ne rapportaient pas assez, peu importe le nombre de tomes déjà paru. Et il se dit que tu perds environ 50 % du lectorat entre deux tomes, ce qui est aussi un facteur à prendre en compte dans la décision de continuer ou non la publication.
Sachant qu'une traduction coûte évidemment plus cher, ce qui pèse aussi dans la balance.
Donc : ça marche, on continue / ça patine, on lâche l'affaire. Sauf très rares cas (Leha, par ex, a publié la trilogie Thair en entier alors que les chiffres de vente ne suivaient pas).

Anglais vs français
Je ne connais pas assez le marché anglo-saxon pour éclairer ce côté-là. En revanche, côté fr, les éditeurs prennent "moins" de risques en publiant une série en anglais qui a déjà très bien marché ailleurs dans le monde qu'avec une série écrite par un inconnu français. Vu la situation actuelle, je pense qu'ils sont plus frileux que jamais sur les séries en général, sauf en romantasy…
Et ça, ça concerne essentiellement les gros éditeurs. Pour les indés, les petites maisons, le risque est d'autant plus grand d'investir dans une série, à moins d'être "sûr" de son coup (ce qui ne garantie jamais rien, en réalité).

Rythme de publication
Par définition, il est imprévisible. En général, il y a un genre de feuille de route qui est prévue, je pense qu'elle n'est pratiquement jamais respectée pour les séries en cours d'écriture. Sinon, idéalement, il me semble que c'est un tome par an qui est souhaité (il faut compter le temps d'écriture + le travail éditorial + les délais d'impression). C'est plutôt short, en réalité, comme timing.
Pour les séries traduites et déjà terminées, l'éditeur adopte le rythme qu'il veut, mais il faut aussi compter le temps de trad + le travail éditorial + les délais d'impression. Ce qui revient bien souvent à 1 tome par an aussi.
Là encore, il y a sans doute une marge de manœuvre différente quand la série ne raconte pas une histoire unique, mais qu'elle se compose d'épisodes indépendants.
Blackwater est un "mauvais" exemple : l'auteur est mort, tout est déjà écrit. Et ce sont de courts volumes. Donc l'éditeur publie au rythme qui lui chante.

Mon vécu…
Perso, les pleintologies, en général, ça m'em… ennuie. J'ai adoré ça fut un temps, plus maintenant. Essentiellement parce que c'est pratiquement toujours de la fantasy épique et que je m'en suis lassée (c'est un peu tout le temps la même chose, et je n'ai plus envie de lire une énième quête de "comment sauver le monde des griffes du grrrrand méchant). De fait, 4 tomes de 800 pages chacun pour un truc vu et revu… Je pars donc souvent avec un a priori négatif.
Évidemment, il y a des exceptions, qui tiennent toujours aux mêmes facteurs : une idée vraiment originale, un propos qui sorte des schémas usés jusqu'à la trame ou une écriture qui se démarque. Et les séries dont chaque tome clôt un arc narratif, Noon du Soleil noir, de L.L. Kloetzer, par exemple, donc quand on sort de la fantasy épique.

Re: 📕 Les coulisses d'écritures des séries, sagas, et autres "pleintologies"

Posté : ven. 4 avr. 2025 12:27
par Iris d'Automne
Merci pour ton retour !

"tout écrit d'un bloc" : c'est donc l'exception de l'exception en ce qui concerne Blackwater, et pour ainsi dire le seul dans ce cas ? (hormis bien sûr les traductions de séries finies)

"Perte de 50% du lectorat" : ta remarque me fait penser aux souscriptions en jeu de rôle (c'est le milieu d'où je viens). Des chiffres comparables y circulent, mais la maitrise du rythme de publication joue beaucoup :
  • si les souscriptions se suivent à un rythme soutenu (et les livraisons suivent et la qualité), avec gestion des mailing-lists de souscripteurs, il y a tendance à avoir une hausse du nombre de participants, entre les anciens qui reviennent et les nouveaux qui prennent des intégrales
  • en revanche, plus on tarde à publier, plus il y a du retard, et plus on perd de lecteurs (meneurs de jeu, acheteurs)
Est-ce qu'en l'état des données, la situation parait comparable avec l'édition roman ?

"Mort aux pleintologies ?" : est-ce que le problème associé aux pleintologies est leur orientation majoritairement "on va sauver le monde avec un héros qui est guidé plus ou moins par une prophétie" ?
Dans l'absolu, les "Rois maudits" de Maurice Druon est aussi une pleintologie, mais on est dans le roman historique. Donc, fondamentalement, l'histoire en plusieurs tomes n'a pas de raison d'être associée à un schéma narratif unique.
Mais peut-être que les pleintologies publiées depuis 20 ou 30 ans se ressemblent trop ? Là, je manque vraiment de recul sur ce qui existe pour émettre le moindre avis !

"Idées originale et écriture qui se démarque" : bon, pour l'idée, je comprends (je crois). Il s'agit juste de raconter autre chose que le sauvetage du monde ! 🥳 Mais une écriture qui se démarque, j'ai plus de difficulté à me représenter ce à quoi tu penses ? 🤔 Cela m'intéresserait d'en savoir plus ! (mais ça sort un peu du sujet, faut-il en ouvrir un pour les clichés ? ^^)


📚✨