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Comme promis, Hannibal s'est achevé jeudi dernier avec un superbe final.Ma critique donc de la première saison, un énorme coup de coeur :
Lorsqu'une série d'enlèvements se produit dans le Minnesota, le détective Jack Crawford n'a d'autre choix que de rappeler son meilleur profiler, Will Graham. Mais bien vite, celui-ci s'avère souffrir non seulement du contact des autres mais aussi de l'exposition au terrain. Pour s'assurer de la santé mentale de son agent, Crawford fait appel à un éminent psychiatre : le Dr Hannibal Lecter.Il est rare à la télévision publique américaine de voir arriver de vraies bonnes séries. On a connu Friday Night Lights ou encore Arrested Development mais niveau séries policières... c'est un peu le calme plat entre toutes les déclinaisons des experts et autres NCIS. Ainsi lorsque NBC annonce une série autour du légendaire Hannibal, on craint le pire. Mais les annonces successives autour de la série ont vite tempéré ce sentiment. C'est Bryan Fuller, déjà responsable des séries Dead Like Me et Pushing Daisies, qui se retrouve en charge du projet, accompagné de David Slade, l'excellent réalisateur de 30 Jours de Nuit et Hard Candy. Mais c'est surtout l'annonce du casting qui va mettre définitivement la bave aux lèvres. Hannibal a tous les atouts pour donner quelque chose d'énorme.Dès le pilote, la série jouit d'une réalisation superbe et ébauche une ambiance atypique. Tout au long des épisodes suivants, l'ambiance et le décorum iront crescendo, et au lieu de choisir d'abuser du "Murder of the Week" habituel, la série s'en sert pour alimenter son propos. Tous les épisodes sont nommés d'après un plat/un repas (excellent clin d’œil) et chacun apporte sa pierre à l'édifice. Si l'on découvre d'abord les personnages dans le pilote avec notamment un centrage sur celui de Will Graham, fascinant profiler borderline qui jouit d'une empathie extrême lui permettant de revivre les meurtres, on y découvre également un sens esthétique superbe avec les visions de ce même Will ainsi que les séquences de recomposition des meurtres. Toujours noire, l'ambiance s'enfonce plus avant dans une certaine saveur glauque et malsaine dès le second épisode "Amuse-Bouche" avec un meurtre terriblement glaçant et inventif (on vous laissera le plaisir). On s'aperçoit vite que la forme des meurtres ne recule devant rien pour nous mettre mal à l'aise, chose très rare à la télévision publique américaine. Sans être véritablement gore, les crimes s'avèrent sincèrement dérangeant. On atteint quelques sommets notamment avec ceux de l'épisode 5 "Coquilles" ou celui de l'épisode 8 "Fromage", où la mise en scène s'avère toujours fabuleuse. Outre la forme, le fond jouit d'un intérêt particulier puisqu'ici les meurtres ne sont pas juste utiles pour jouer un jeu de piste. Non, ils permettent d'approfondir les personnages et parfois de déranger par leur auteur - Episode 4 "Oeuf". En contournant le côté catalogue de meurtres et résolution d'enquêtes et même si la résolution souvent hâtives de ceux-ci en font le point faible de la série, les autres prouesses de celle-ci les éclipsent rapidement. A commencer par le trio central constitué par Will Graham/Hannibal Lecter/Jack Crawford, où chacun jouit de quelques épisodes pour creuser leur personnage respectif. C'est surtout la relation Graham-Lecter et la psychologie autour qui épate la galerie. Lecter est présenté comme une sorte de psychopathe intelligent, raffiné et sensible investit par un besoin compulsif d'étudier ses congénères les plus intéressants (Will Graham lui offrant une occasion en or). Les interactions entre les deux vont crescendo jusqu'à un éclatement total et jubilatoire dans le final "Savoureux". Graham, et c'est une des grandes surprises du show, se trouve être un personnage des plus passionnants qui oscille constamment entre le sociopathe et son rôle de profiler. Humain mais mystérieux, Graham offre un point d'ancrage et d'attache émotionnel au spectateur, plus qu'Hannibal qui, lui, donne un sentiment de fascination constante tant il apparaît calculateur, froid et retors. Seul Crawford reste un peu en retrait mais incarne d'une certaine façon le flic lambda perdu au milieu d'un monde de psychopathes et d'individus plus fous les uns que les autres.Mieux encore, les personnages secondaires trouvent toujours une utilité. On croit par exemple que Franklyn aperçut dans le pilote ne fait que passer avant de le retrouver notamment dans l'épisode 8 et d'en faire un moteur de l'intrigue. Plus évident encore, Abigail Hobbs passe du rôle de fille d'un tueur à celui d'élément central entre Will et Hannibal. Son personnage devient plus fouillé d'épisode en épisode et permet à l'intrigue de s’enfoncer encore davantage dans les méandres de la psychanalyse du personnage d'Hannibal. Celui-ci reste constamment le point de mire de toutes les intrigues avec Will. Même lorsque d'autres psychopathes croisent sa route - Episode 11 "Rôti" ou Episode 8 "Fromage" - c'est pour mieux explorer les failles et les contradictions du psychiatre. Fuller utilise à plein régime les éléments qui semblent de prime abord annexe pour embellir son sujet principal, la folie et le crime. Reste le rôle de la psychiatre de Lecter, joué par la très sobre et très convaincante Gillian Anderson, peu creusée encore mais aux immenses perspectives.C'est d'ailleurs le casting d'Hannibal qui forme le second pilier du show. D'abord grâce à Hugh Dancy (à voir dans l'excellent Shooting Dogs) qui compose à merveille le personnage de Will Graham en offrant un jeu à la fois inquiétant et touchant. Un excellent acteur et un rôle génial, une combinaison de choc. Si Fishburne arrive à tirer son épingle du jeu dans le rôle de Jack Crawford, la palme revient à Mads Mikkelsen. Comment NBC a pu obtenir un acteur de sa trempe ? Aucune idée (un gros chèque certainement) mais son interprétation du Dr Hanibal Lecter supplante toutes les précédentes, même Anthony Hopkins se trouve surclassé. D'une classe folle avec un abord froid et glacial, il incarne un Lecter tel qu'on l'imagine dans le monde réel, distant, professionnel, clinicien et... avec un côté qui met mal à l'aise sans savoir poser le doigt dessus. Le constant jeu de Fuller qui fait préparer des plats en tout genre à Hannibal accentue d'ailleurs l'espèce de connivence induite entre Lecter et le spectateur, les deux seuls au courant de la vraie nature de sa cuisine. Mikkelsen trouve un de ses plus grand rôles et inscrit une fois de plus dans son CV une prestation magistrale (Après One-Eye dans Valhalla Rising, Lucas dans la Chasse ou Johann Friedrich Struensee dans Royal Affair). Mentionnons aussi deux excellentes actrices avec Caroline Dhavernas incarnant le Dr Bloom ainsi que la jeune Kacey Rohl, parfaite en Abigail Hobbs.Insistons sur le dernier point fort de la série, et non des moindres, son esthétisme. Fuller est coutumier du fait mais dans un registre totalement opposé. Les visions de Will occupent une place centrale de la série et permettent de creuser la symbolique de la série. La figure du cerf en étant l'archétype, on ne saurait que mentionner la vision de Satan dans l'épisode final, incroyablement géniale et judicieusement employée. De même la composition macabre des meurtres et des scènes de crimes ainsi que le constant refus de la série de positionner son action dans la clarté (les scènes claires étant rares au final) permettent de donner un cachet reconnaissable entre mille à Hannibal. Mentionnons également l'excellent épisode 10 "Buffet Froid" employant un rare syndrome psychiatrique, le syndrome de Cotard, représenté magnifiquement à sa toute fin par un Hannibal sans visage. De même, le final achève les nombreuses ébauches tracées au cours de la Saison jusqu'à cette succulente scène sur fond de musique classique où Hannibal salue un Will en bien mauvaise posture. De quoi donner des frissons.Sorte de petit miracle, Hannibal fait figure d'immense surprise dans le paysage du network américain. Il s'agit certainement de la toute meilleure série qui y voit le jour depuis fort longtemps si ce n'est depuis toujours. Intelligent, audacieux, emportée par des acteurs incroyables et dotée d'une réalisation exemplaire, cette première saison laisse pantois et accroc. Une saison 2 est prévue l'année prochaine et nul doute qu'on y sera, en croisant les doigts pour que la série devienne enfin un succès public en plus d'un succès critique. A vous de jouer !9/10Bon, maintenant je vais enchaîner sur Vikings, vu que tout le monde en parle !