Je viens d'achever le cycle complet de
Terremer, quittant à regrets un univers riche, complexe, foisonnant, une écriture d'une simplicité et d'une poésie rares, portée par les éléments si subtilement décrits - la mer, le vent, la terre, cultivée, insulaire, rassurante, les esquifs poussés par le "vent sorcier", les confins improbables d'une carte qui finit par s'effacer derrière une géographie quasi métaphysique,
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enjambant par delà un mur qu'il faut se résoudre à faire tomber, les vivants et les morts.
J'avais commencé l'oeuvre d'U. le Guin avec
Lavinia, qui m'avait enchantée, ravie, tant pour la manière dont elle revisitait l'
Enéide, le lien inattendu avec la voix de Virgile, que pour le personnage inoubliable, féminin sans être caricaturalement féministe, de Lavinia, et son amour parfaitement crédible, palpable même, pour Enée. J'étais émerveillée de voir qu'on peut encore écrire ainsi sur l'amour à l'âge où U. Le Guin a rédigé
Lavinia. Donc quand j'ai attaqué le premier volume de
Terremer, j'ai eu un peu de mal avec une écriture qui, je l'ai compris ensuite, relevait d'un temps bien antérieur à
Lavinia dans l'oeuvre de l'auteur. Dans l'intention, c'est d'abord un livre pour "jeune adulte" voire franchement ado, et l'écriture est moins limpide, moins mûre que par la suite. Je me suis quand même accrochée, et je n'ai pas regretté : l'univers se met peu à peu en place, et à partir de
Tehanu, j'ai retrouvé les réflexion et la maturité de
Lavinia, le style moins chargé (moins d'incises inutiles, en particulier), des personnages plus adultes, des thèmes plus profonds, et de ce point de vue là le dernier tome est une merveille de poésie et de réflexion sur la peur de mourir. Un voyage à faire et à refaire.J'ai été un peu déçue par l'adaptation de Miyasaki, visuellement très réussie, mais qui ne restitue pas grand chose de l'oeuvre, finalement. Le format, sans doute, l'y a poussé ; ou alors il aurait fallu choisir un tome plutôt que de faire un condensé de la série en un format de deux heures.